L’article 23 du Projet de loi de Finance (PLF 2026) sur la vape prévoyait de taxer les e-liquides, d’interdire la vente en ligne, et de réglementer la vente en boutique, rien que ça.
Il est aujourd’hui écarté, grâce à la mobilisation des vapoteurs, des professionnels, et de certains députés.
C’est une victoire pour la vape, pour l’arrêt du tabagisme, et pour la santé de millions de fumeurs et de vapoteurs.
Toutefois, la guerre n’est pas finie, une autre bataille se prépare, en Europe.
Quels enseignements retenir de cette victoire pour gagner la prochaine bataille ?
(En couverture, image de S. Lecornu, originale par Gautier Gadriot, modifiée par Jib sous licence CC BY‑SA 4.0. Source : Wikimedia Commons)
Quelles sont nos forces ?
La mobilisation, ça marche
Dès que l’article 23 a été connu, en Septembre 2025 avec la publication du PLF 2026 du gouvernement de François Bayrou, tout le secteur de la vape s’est mobilisé, vapoteurs comme professionnels, en particulier sous le drapeau de la FIVAPE, le principal syndicat interprofessionnel, indépendant de l’industrie du tabac.
Et ça a marché !
Comment ? C’est là qu’il y a des enseignements à retenir : le mouvement a réussi grâce à trois facteurs :
- La mobilisation des vapoteurs et des professionnels
- L’information objective pour éclairer le débat
- La communication pour mobiliser les députés et les sénateurs
Les députés font le boulot
Parmi les députés au parlement, certains étaient bien sûr plutôt favorables aux mesures prévues par l’article 23, et d’autres non. Rien de surprenant, mais il n’était pas évident que les députés se mobilisent pour un article qui, objectivement ne représentait pas des enjeux énormes dans le budget de la France.
L’amendement retenu pour supprimer l’article 23 a été déposé par les députés de La France Insoumise, soutenus par les députés Communistes et Écologistes. Soutenus par l’information et la communication de la filière de la vape, ces députés ont pu convaincre, à plusieurs reprises, une majorité de leurs collègues d’autres bords de voter contre cet article, pour finir par l’emporter. En fait, de nombreux députés ont pu découvrir, à cette occasion, l’intérêt de la vape pour les fumeurs, au-delà des idées préconçues qu’ils pouvaient avoir.
Enseignement :
- Les blocs du centre et de la droite étaient majoritairement pour l’article 23, mais pas unanimes, et certains ont changé de point de vue sur la vape.
- Les blocs de gauche étaient plus majoritairement contre, et se sont mobilisés sous la pression des vapoteurs
- Autrement dit : la politique ça marche si le peuple pousse !
La Science démontre l’intérêt de la vape
Les études sérieuses s’accumulent, et montrent clairement 2 choses :
- La vape est un substitut nicotinique efficace pour les fumeurs, qui réussissent mieux à arrêter de fumer.
- La vape est un outil de santé publique important à deux niveaux : la réduction des risques en remplaçant la fumée par la vapeur, et la diminution du nombre de fumeurs, en particulier chez les jeunes.
Il y a quelques jours l’Anses a publié son rapport d’études, sérieux et nuancé, qui confirme globalement ce que l’on sait sur la cigarette électronique : elle n’est probablement pas sans aucun risque, mais elle est beaucoup moins risquée que la cigarette. Concrètement, en résumant à l’extrême, les recherches montrent des risques possibles, mais aucun risque avéré.
Vous pouvez lire l’article de Vaping post pour avoir plus de détails, ou même celui de l’Anses elle-même.
Voici ce que cela devient quand les médias reprennent cette information :
- Les médias sérieux comme Libération, Science et Vie ou Le Monde titrent par exemple « les enseignements de la vaste étude de l’Anses sur les risques sanitaires ». Le titre est neutre, informatif.
- Les sites comme Doctissimo ou France Info titrent par exemple « Les cigarettes électroniques présentent un « risque sanitaire » pour les vapoteurs, conclut l’Anses ». Le titre est orienté, sensationnaliste, il n’est pas fidèle au contenu du rapport.
Autrement dit, la communauté scientifique fait le travail, sérieusement, et nous pouvons informer le public avec des données fiables et solides.
Mais il faut aussi débunker sans cesse les médias peu scrupuleux sur la vérité.
L’indépendance est fondamentale
En France, la filière de la vape est indépendante de l’industrie du tabac : les fabricants de e-liquides, les boutiques, les sites de vente en ligne représentent 85% du marché, sans aucun lien avec Big Tobacco.
L’industrie de la cigarette, notamment au travers du réseau des buralistes, ne détient que 15% du marché, avec ses pods préremplis. Par contre ils ont des moyens, beaucoup, grâce aux revenus du tabac.
Cette indépendance de la filière est importante pour 2 raisons :
- On ne peut pas lutter sérieusement contre le tabagisme quand on en est le principal acteur. Le fait que votre magasin de cigarette électronique n’ait aucun intérêt dans l’économie du tabac est votre meilleure garantie d’honnêteté.
- Inversement, l’industrie de la cigarette ne vise qu’une chose, et ce n’est pas votre santé : il s’agit de garder une clientèle captive et de maintenir ses revenus.
Un petit calcul suffit pour s’en convaincre :
- Dans un bureau de tabac, les recharges pré-remplies des pods coûtent environ 8 € (pour 2 cartouches de 2ml).
Ce qui nous fait du 8€ les 4ml, soit 20€ les 10ml. - Dans une boutique de vape une fiole de 10ml coûte au maximum 6€.
Autrement dit, les vapoteurs et les professionnels de la vape ont un intérêt commun : s’extraire du tabagisme et de son économie.
La condition, c’est de ne pas s’associer à l’industrie du tabac, qui a de tout autres intérêts.
Quelles sont les futures menaces ?
La mise à jour de la TPD Européenne
La TPD, la loi européenne qui réglemente le tabac et la vape, celle qui limite par exemple le taux de nicotine à 20mg/ml, date de 2014.
Il était prévu de la réviser en 2026, elle le sera finalement en 2027, parce que la Commission Européenne à d’autres sujets prioritaires pour le moment : l’Ukraine et la Russie, les taxes états-uniennes, le Groenland…
Mais il y a eu des travaux préparatoires, dont on connaît certains axes, qui sont globalement les mêmes que ceux de l’article 23 :
- Taxes sur les e-liquides
- Interdiction des saveurs autres que classic et menthe
- Interdiction de la vente en ligne
Parmi les 28 États membres, certains ont déjà mis en œuvre ces mesures, ce qui facilitera leur adoption générale au niveau de la de la Communauté Européenne. Voici l’état des forces aujourd’hui :
La taxe sur e-liquides aujourd’hui
- 19 États ont déjà établi par eux-mêmes une taxe sur les e-liquides : Allemagne, Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Estonie, Finlande, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Slovénie, et Suède.
Chaque État définit le montant de cette taxe selon ses critères, elle va aujourd’hui de 0,09 € par ml en Hongrie, à 0,36 €/ml en Suède. - Dans quatre États, des projets de taxes sont à l’étude : Croatie, Espagne, Pays-Bas et Slovaquie.
- Seuls 4 Etats n’ont pas encore de taxe : Autriche, France, Irlande et Malte.
La France, avec l’article 23 du PLF, a toutefois manifesté son intention taxer le liquides.
L’interdiction des arômes aujourd’hui
- 8 États interdisent déjà les arômes autres que classic : Hongrie, Estonie, Finlande, Danemark, Lettonie, Lituanie, Pays Bas et Slovénie.
- 11 États projettent de le faire : Allemagne, Belgique, Bulgarie, Croatie, Espagne, France, Grèce, Irlande, Luxembourg, République Tchèque et Slovaquie.
La France, au travers de son Programme National de Lutte contre le Tabac, le PNLT 2023-2027, prévoit elle aussi d’interdire un grand nombre d’arômes.
L’interdiction de la vente en ligne aujourd’hui
- Seuls deux États européens interdisent la vente en ligne aujourd’hui : la Belgique depuis 2018, et l’Italie depuis 2025 (uniquement lesproduits nicotinés).
- La France, avec l’article 23 du PLF, a manifesté son intention de le faire aussi, notamment sous la pression de la Confédération des buralistes.
TPD et Article 23 : une étrange ressemblance
En France, nous avons évité l’article 23 du PLF grâce à la mobilisation des vapoteurs, des professionnels, et d’une partie des députés à l’assemblée.
Mais le projet de TPD va dans le même sens. Ils ont tout en commun : interdiction des arômes, de la vente en ligne, et taxe sur les e-liquides.
La ressemblance entre les deux projets n’a rien d’étonnant : elle sert les mêmes intérêts.
- Sur le plan économique, ceux de l’industrie du tabac de son commerce.
- Sur le plan idéologique, ceux qui sont contre la démarche de réduction des risques.
La lutte n’est pas terminée
Qui est l’adversaire ?
Hé oui, la question se pose, parce que cet article 23, il n’est pas arrivé là tout seul. Il y a des gens qui l’ont motivé, ce sont les mêmes qui sont à la manœuvre en Europe. Qui donc ?
Il suffit de taper « abandon de l’article 23 » sur Google pour le voir dès la première page de résultat : qui est content, et qui est déçu de cet abandon ?
- Ils sont contents : les vapoteurs, les professionnels de la vape et certaines institutions de lutte contre le tabagisme.
- Ils sont déçus : les buralistes et derrière eux, l’industrie du tabac, mais aussi GTS (Génération Sans Tabac), et le CNT (Comité National contre le Tabagisme).
Les buralistes (et donc l’industrie du tabac), on peut les comprendre : leur profession est en crise, il est de leur point de vue logique de chercher à récupérer le marché de la vape qui grignote leurs parts de marché. Ce sont des adversaires connus. L’article 23 allait dans leur sens, ils sont d’autant plus déçus qu’ils avaient toutes les chances de gagner.
Les associations anti-tabac, du moins celles qui semblent déçues, c’est plus étonnant. Ne devraient-elles pas soutenir un moyen qui aide mieux les fumeurs à quitter le tabagisme, tout en réduisant considérablement les risques pour leur santé ? Certes, mais c’est sans compter les conflits d’intérêts, et une idéologie conservatrice, qui est très réticente à la stratégie de réduction des risques.
Pour gagner, préparons-nous !
Il y aura donc un deuxième round en 2027, qui se situera au niveau Européen.
Comme plusieurs États ont déjà légiféré dans le sens d’une restriction de la vape, la Commission Européenne aura tendance à les suivre, soutenue par les puissants lobbies du tabac.
D’autant plus que le commissaire européen chargé de la santé, Oliver Várhelyi, déclarait en Janvier 2026 : « Utiliser des produits du tabac et de la nicotine sans combustion, par opposition au tabagisme combustible, ne réduit pas les risques pour la santé »
Un bel exemple d’a priori non scientifiques, à l’envers du rapport de l’Anses cité plus haut, porté par celui qui organisera la prochaine mouture de la TPD.
C’est pas gagné…
Mais nous savons comment faire pour résister, comme pour l’article 23 :
- Mobiliser : les vapoteurs et les professionnels.
- Informer : pour éclairer le débat, la science est de notre côté.
- Communiquer : pour mobiliser les députés français et européens.
Et nous ne serons pas tous seuls : il y aura tous les vapoteurs et les professionnels européens !
Nous pouvons gagner la prochaine bataille, ensemble.