La cigarette Ă©lectronique, ou vape, sâest implantĂ©e progressivement au Maroc au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, portĂ©e par des fumeurs cherchant une alternative moins nocive et moins coĂ»teuse. Aujourdâhui, ce marchĂ© en pleine expansion soulĂšve Ă la fois des espoirs (rĂ©duction du tabagisme) et des inquiĂ©tudes (santĂ© publique, encadrement lĂ©gal). Cet article fait le point, de maniĂšre neutre et factuelle, sur lâĂ©tat actuel de la vape au Maroc en 2025, en abordant le marchĂ©, le profil des usagers, les avantages perçus, lâimpact de la nouvelle taxe sur les produits jetables, les innovations rĂ©centes et lâĂ©volution de la rĂ©glementation.
Aperçu du marché marocain de la cigarette électronique
Le marchĂ© marocain de la cigarette Ă©lectronique a connu une croissance soutenue depuis le milieu des annĂ©es 2010. DĂšs 2014, les importateurs et distributeurs ont commencĂ© Ă sâorganiser : lâassociation AMIVAPE rĂ©unissait alors une dizaine dâacteurs, reprĂ©sentant 185 points de vente dont 52 boutiques spĂ©cialisĂ©es et environ 250 emplois . Depuis, le nombre de boutiques a fortement augmentĂ© dans les grandes villes (Casablanca, Rabat, Marrakech, etc.), reflet dâune demande grandissante.
Aujourdâhui, le marchĂ© reste fragmentĂ© et dominĂ© par lâimportation. On compte une quarantaine dâimportateurs diffĂ©rents, dont 4 grands opĂ©rateurs approvisionnant essentiellement depuis la Chine et lâAsie du Sud-Est. Il nâexiste pas encore de production industrielle nationale significative de dispositifs de vape, la plupart des Ă©quipements (cigarettes Ă©lectroniques, pods, e-liquides Ă©trangers) Ă©tant importĂ©s. Les gĂ©ants mondiaux du secteur demeurent en retrait et âattendent des normesâ avant de sâimplanter directement, le cadre rĂ©glementaire local nâĂ©tant pas encore clairement dĂ©fini. Aucune estimation officielle prĂ©cise de la valeur du marchĂ© nâest publiĂ©e, mais les professionnels sâaccordent Ă dire quâil pĂšse plusieurs dizaines de millions de dirhams et est en pleine expansion. Le Maroc suit ainsi la tendance mondiale dâessor de la vape, tout en conservant une structure de marchĂ© trĂšs Ă©clatĂ©e entre de nombreux revendeurs indĂ©pendants.
Profil des vapoteurs marocains
Le succĂšs de la vape au Maroc touche un public variĂ©. Contrairement Ă lâimage dâun gadget rĂ©servĂ© Ă une Ă©lite, on retrouve des vapoteurs adultes de tous Ăąges et de tous milieux sociaux. Ces derniĂšres annĂ©es, les cigarettes Ă©lectroniques jetables en particulier ont inondĂ© le marchĂ© et conquis un public large, des jeunes aux adultes plus ĂągĂ©s. On estime quâune part importante des vapoteurs sont dâanciens fumeurs cherchant Ă arrĂȘter la cigarette classique ou Ă en rĂ©duire leur consommation. Leur motivation premiĂšre est souvent le sevrage tabagique ou au moins la diminution des risques liĂ©s au tabac. Beaucoup de fumeurs basculent vers la vape dans lâespoir dâamĂ©liorer leur santĂ© ou leur condition physique (moins de toux, meilleure endurance), tout en conservant le geste et la nicotine.
Dans le mĂȘme temps, un nouveau public plus jeune est apparu, attirĂ© par lâaspect tendance et ludique de la vape. La disponibilitĂ© de e-cigarettes jetables aux arĂŽmes sucrĂ©s ou fruitĂ©s a sĂ©duit des dĂ©butants, parfois mĂȘme des mineurs, malgrĂ© lâabsence dâautorisation lĂ©gale de vente pour ces derniers. Les types de produits utilisĂ©s varient selon le profil : les vapoteurs expĂ©rimentĂ©s privilĂ©gient souvent des dispositifs rĂ©utilisables (mods, pods rechargeables, stylos Ă rĂ©servoir) quâils personnalisent, alors que les nouveaux utilisateurs et les plus jeunes optent pour des pods prĂ©-remplis ou des puffs jetables prĂȘts Ă lâemploi. La popularitĂ© des produits jetables sâexplique par leur simplicitĂ© (pas de recharge de liquide ni de batterie Ă gĂ©rer) et leur faible coĂ»t unitaire, ce qui en a fait un phĂ©nomĂšne de mode rĂ©cent au Maroc, avec une part croissante des achats rĂ©alisĂ©s en ligne dans des boutiques spĂ©cialisĂ©es en vape. Ainsi, le paysage des vapoteurs marocains va de lâex-fumeur quadragĂ©naire cherchant une alternative pour sa santĂ©, au jeune adulte curieux attirĂ© par les nouvelles saveurs, en passant par toute une communautĂ© active sur les rĂ©seaux sociaux pour Ă©changer des astuces sur le vapotage.
Les avantages perçus de la vape par rapport au tabac
Les usagers de la cigarette électronique mettent en avant plusieurs avantages par rapport au tabac traditionnel :
Santé
Lâargument principal est la rĂ©duction des substances toxiques inhalĂ©es. En lâabsence de combustion de tabac, la vape nâexpose pas aux goudrons, monoxyde de carbone et autres produits cancĂ©rigĂšnes de la cigarette. De nombreux vapoteurs estiment ainsi diminuer les risques pour leurs poumons et leur cĆur en passant au vaporisateur. En outre, la possibilitĂ© de doser la nicotine(voire dâutiliser des e-liquides sans nicotine) permet un sevrage progressif. Il convient de noter que les autoritĂ©s sanitaires restent prudentes sur la vape, mais reconnaissent gĂ©nĂ©ralement quâelle est a priori moins nocive que le tabac fumĂ©. Cet aspect « moins nocif » perçu motive beaucoup de fumeurs marocains Ă adopter la cigarette Ă©lectronique pour amĂ©liorer leur santĂ© tout en conservant le plaisir et le rituel liĂ©s Ă la nicotine.
Coût
Le coĂ»t financier est un autre atout souvent citĂ©. Un vapoteur doit certes investir dans un appareil au dĂ©part et acheter des e-liquides, mais sur la durĂ©e cela revient souvent moins cher que dâacheter des paquets de cigarettes chaque jour. Au Maroc, oĂč le prix du tabac ne cesse dâaugmenter, passer Ă la vape est vu comme un moyen de rĂ©aliser des Ă©conomies substantielles. Comme lâa rapportĂ© la presse, beaucoup de fumeurs espĂ©raient âfaire des Ă©conomies en troquant leur paquet de cigarettes contre la cigarette Ă©lectroniqueâ. Par exemple, une bouteille dâe-liquide pouvant durer plusieurs jours coĂ»te bien moins cher que lâĂ©quivalent en cigarettes quotidiennes. MalgrĂ© les impĂŽts Ă©levĂ©s, lâaspect financier reste un facteur dĂ©terminant pour de nombreux utilisateurs, en particulier les plus jeunes au budget limitĂ©.
Odeurs et confortÂ
Contrairement Ă la fumĂ©e de cigarette qui imprĂšgne fortement les vĂȘtements, les cheveux et lâenvironnement, la vapeur dĂ©gagĂ©e par une e-cigarette a une odeur beaucoup plus discrĂšte et gĂ©nĂ©ralement agrĂ©able (selon lâarĂŽme utilisĂ©). Pour les vapoteurs, câest un avantage social important : fini lâodeur de tabac froid sur soi ou dans la voiture, et moins de gĂȘne pour lâentourage. De plus, la vapeur se dissipe rapidement sans laisser de fumĂ©e passive persistante, ce qui permet Ă certains de vapoter Ă la maison sans incommoder leur famille. Lâabsence de combustion signifie Ă©galement pas de cendre ni de mĂ©gots Ă jeter, un point positif en termes de propretĂ©. En somme, la vape est perçue comme plus propre et plus conviviale au quotidien : elle permet de conserver un geste de dĂ©tente (faire des nuages de vapeur) tout en Ă©vitant les dĂ©sagrĂ©ments olfactifs du tabac.
Il faut souligner que ces avantages sont âperçusâ et mis en avant par les usagers et certains experts. Les autoritĂ©s sanitaires, elles, rappellent que vapoter nâest pas anodin et que la dĂ©pendance Ă la nicotine demeure. NĂ©anmoins, pour un fumeur invĂ©tĂ©rĂ©, la cigarette Ă©lectronique reprĂ©sente souvent un moindre mal comparĂ© Ă la cigarette classique, dâoĂč son adoption croissante.
Nouvelle fiscalitĂ© 2024-2025 : lâimpact des taxes sur les puffs et e-liquides
En 2023, lâĂtat marocain a dĂ©cidĂ© dâagir sur la fiscalitĂ© des cigarettes Ă©lectroniques, en ciblant particuliĂšrement les produits jetables. Le projet de loi de finances 2024 a introduit une forte hausse des droits de douane sur ces dispositifs Ă usage unique : le droit dâimportation est passĂ© de 2,5 % Ă 40 %. ConcrĂštement, depuis janvier 2024, les importateurs de puffs doivent sâacquitter de droits bien plus Ă©levĂ©s, ce qui se rĂ©percute sur le prix de vente, avant mĂȘme lâinstauration, en janvier 2025, de la TIC spĂ©cifique de 50 DH (5âŹ) par jetable.
Fiscalité 2025 (barÚme en vigueur)
- Jetables complets : droit dâimportation fixe de 50 DH (5âŹ) par unitĂ©.
- E-liquides et cartouches prĂ©remplies contenant de la nicotine : TIC de 1 DH/ml (0,1âŹ/ml).
- E-liquides sans nicotine (0 mg) : TIC rĂ©duite Ă 0,5 DH/ml (0,05âŹ/ml).
RepĂšre historique â premiĂšre taxation spĂ©cifique (2020)
Lors du débat sur la loi de finances 2020, la Chambre des représentants a intégré les recharges de e-cigarette dans la TIC. Le texte publié au Bulletin officiel (14 décembre 2019) fixait :
âą 3 DH/10 ml(0,3âŹ/10ml) pour un liquide sans nicotine,
âą 5 DH/10 ml(0,5âŹ/10ml) si la teneur en nicotine est < 10 mg/100 ml,
âą 10 DH/10 ml(1âŹ/10ml) au-delĂ de ce seuil.
Effets positifs attendus
Du point de vue des pouvoirs publics, cette taxation renforcĂ©e poursuit plusieurs objectifs. Dâune part, elle vise Ă accroĂźtre les recettes fiscales en captant une part dâun marchĂ© en plein essor qui Ă©chappait en grande partie Ă lâimpĂŽt jusquâalors. Dâautre part, en renchĂ©rissant le coĂ»t des e-cigarettes jetables, le gouvernement espĂšre freiner la consommation impulsive notamment chez les plus jeunes (qui Ă©taient attirĂ©s par ces produits bon marchĂ©). Enfin, le relĂšvement des droits de douane a Ă©tĂ© justifiĂ© par une volontĂ© de protĂ©ger lâindustrie locale : il sâagit dâinciter Ă produire localement plutĂŽt que dâimporter. Selon la note de prĂ©sentation du budget, cette mesure doit « renforcer la protection de la production locale de ces produits et favoriser lâimplantation au Maroc dâunitĂ©s de production ». Autrement dit, en rendant lâimportation coĂ»teuse, on crĂ©e une opportunitĂ© pour des entrepreneurs nationaux de fabriquer sur place des dispositifs ou liquides, ce qui serait bĂ©nĂ©fique Ă lâĂ©conomie marocaine Ă terme.
Effets négatifs potentiels
MalgrĂ© ces intentions louables, la nouvelle taxe comporte aussi des effets indĂ©sirables. Du cĂŽtĂ© des consommateurs, le principal inconvĂ©nient est la hausse des prix. Un produit jetable autrefois abordable devient bien plus cher une fois lâimportateur et le revendeur ayant rĂ©percutĂ© les 40 % de droits de douane + la TIC. Cela peut dissuader des fumeurs de passer Ă la vape si celle-ci perd son avantage Ă©conomique par rapport aux cigarettes classiques. Par exemple, en 2019 dĂ©jĂ , un projet de taxe sur les e-liquides envisageait 3 dirhams par millilitre, ce qui aurait fait tripler le prix des recharges de liquide â un choc tarifaire similaire pourrait se produire sur les puffs avec la taxe actuelle. Par ailleurs, certains craignent un report vers le marchĂ© informel : des vapoteurs pourraient se tourner vers des circuits non officiels (achat en ligne Ă lâĂ©tranger, contrebande) pour Ă©viter de payer plus cher, ce qui irait Ă lâencontre du but recherchĂ© et ferait circuler des produits Ă©chappant Ă tout contrĂŽle. Les petits commerçants spĂ©cialisĂ©s, dĂ©jĂ fragiles, redoutent Ă©galement une baisse des ventes de produits jetables, qui Ă©taient un moteur de croissance pour leur activitĂ©. Enfin, du point de vue de la santĂ© publique, si la vape devient moins accessible financiĂšrement, une partie des utilisateurs risque de retourner vers la cigarette de tabac (moins coĂ»teuse Ă court terme), avec les consĂ©quences nĂ©fastes que cela implique. LâĂ©quilibre est donc dĂ©licat : taxer pour rĂ©guler sans pour autant tuer lâalternative au tabac.
En rĂ©sumĂ©, la nouvelle taxe sur les produits jetables a le mĂ©rite de mettre un coup dâarrĂȘt Ă lâinvasion incontrĂŽlĂ©e de ces dispositifs bon marchĂ© sur le marchĂ© marocain, en les soumettant Ă une fiscalitĂ© Ă©quivalente Ă celle du tabac. Cette mesure apporte des revenus supplĂ©mentaires Ă lâĂtat et pourrait encourager lâĂ©mergence dâune filiĂšre locale. Mais elle comporte aussi un revers de la mĂ©daille en termes de pouvoir dâachat des vapoteurs et de risques de marchĂ© noir. Son impact rĂ©el devra ĂȘtre Ă©valuĂ© sur la durĂ©e : si la consommation de puffs diminue au profit de solutions rechargeables ou dâaucune nicotine, alors lâobjectif sanitaire sera atteint. Dans le cas contraire, il faudra sans doute ajuster le tir pour ne pas pĂ©naliser excessivement une alternative au tabac que beaucoup considĂšrent comme utile dans la lutte contre le tabagisme.
Innovations récentes dans les produits de vape

Le marchĂ© de la cigarette Ă©lectronique au Maroc connaĂźt une forte croissance. Selon LâĂconomiste (repris par Hespress), les importations de matĂ©riel de vape ont presque doublĂ© en 2023 (â216âŻM DH contre 104âŻM DH en 2022). Or, ce secteur nâest toujours pas couvert par une rĂ©glementation spĂ©cifique au Maroc. Trois grands types de dispositifs se partagent aujourdâhui ce marchĂ© : les pods rechargeables, les puffs (cigarettes Ă©lectroniques jetables), et les cartouches prĂ©remplies (« pods fermĂ©s »).
Pods rechargeables
Les pods rechargeables sont des kits compacts Ă batterie intĂ©grĂ©e, qui fonctionnent avec des cartouches ou rĂ©servoirs rechargeables. Les vapoteurs peuvent remplir ces pods avec des e-liquides, souvent en sels de nicotine. Ce systĂšme attire surtout les fumeurs cherchant Ă personnaliser leur vape : ils offrent une autonomie modĂ©rĂ©e et une inhalation plutĂŽt «âŻMTLâŻÂ» (bouche-Ă -poumon). Les taux de nicotine utilisĂ©s dans ces e-liquides sont gĂ©nĂ©ralement Ă©levĂ©s â typiquement de 20 Ă 50âŻmg/mL â afin de compenser leur tirage doux. Leur adoption reste forte auprĂšs des utilisateurs rĂ©guliers, bien que les donnĂ©es prĂ©cises sur leur part de marchĂ© au Maroc manquent.
Puffs jetables
Les puffs jetables (e-cigarettes tout-en-un Ă usage unique) dominent trĂšs largement le marchĂ© grand public. Elles se prĂ©sentent comme des stylos compacts, prĂ©-remplis dâe-liquide et prĂ©-chargĂ©s dâune batterie non rechargeable. Leur simplicitĂ© (pas de remplissage ni de rĂ©glage) et leur coĂ»t unitaire faible expliquent leur succĂšs, notamment chez les jeunes. Le gouvernement marocain a dâailleurs annoncĂ© (projet en 2024â2025) une taxe dâenviron 50âŻdirhams par puff jetable, pour «âŻfreiner lâengouement des plus jeunesâŻÂ» pour ces produits. En pratique, les e-liquides contenus sont trĂšs concentrĂ©s en nicotine : la quasi-totalitĂ© des puffs proposĂ©es au Maroc affichent un taux dâenviron 5âŻ% (50âŻmg/mL). Par exemple, la DRAGBAR S2 (11âŻml, ~6000 bouffĂ©es) contient 5âŻ% de nicotine, tout comme dâautres modĂšles populaires, et la HQD Ultima Pro 10000 indique une teneur de 50âŻmg. Cette concentration Ă©levĂ©e permet aux utilisateurs de ressentir des sensations proches de la cigarette traditionnelle malgrĂ© la petite taille du dispositif.
Cartouches préremplies (pods fermés)
Les cartouches prĂ©remplies, ou pods fermĂ©s, sont des capsules de e-liquide prĂȘtes Ă lâemploi qui sâemboĂźtent dans un appareil dĂ©diĂ©. Ce format vise le compromis entre puffs et kits rechargeables : lâutilisateur nâa pas Ă remplir lui-mĂȘme le liquide, mais remplace la cartouche vide par une neuve. Quelques marques internationales importent ce type de produit au Maroc. Cependant, selon les revendeurs locaux, cette catĂ©gorie reste minoritaire par rapport aux puffs jetables, faute dâĂ©quipement ou de notoriĂ©tĂ© suffisante.
Tendances dâusage et nicotine
Au final, les puffs jetables dominent le marchĂ© marocain en 2024, portĂ©s par leur simplicitĂ© et une large gamme de saveurs. Les pods rechargeables conservent une clientĂšle fidĂšle de vapoteurs rĂ©guliers, tandis que les pods fermĂ©s sont marginalisĂ©s. Le taux de nicotine est trĂšs Ă©levĂ© dans ces produits : comme le montrent les fiches techniques de plusieurs marques vendues au Maroc, la plupart des dispositifs sont commercialisĂ©s avec 5 % de nicotine (soit 50âŻmg/mL). Ce niveau Ă©levĂ© est cohĂ©rent avec lâabsence de limite rĂ©glementaire locale et avec la recherche dâune sensation forte proche du tabac.
Ăvolution de la rĂ©glementation et perspectives
Sur le plan rĂ©glementaire, la cigarette Ă©lectronique au Maroc se trouve encore en zone grise. Ă ce jour, aucune loi spĂ©cifique ne rĂ©git de maniĂšre exhaustive la fabrication, la vente et lâusage des produits de vape. Contrairement aux cigarettes classiques qui sont bien encadrĂ©es par le Code de la santĂ© publique (interdiction de vente aux mineurs, avertissements sanitaires, limitations publicitaires, etc.), la vape nâa pas encore son texte de loi dĂ©diĂ©. « Pour le moment, aucune norme ne rĂ©git la cigarette Ă©lectronique », rappelait LâĂconomiste fin 2024. Face Ă ce vide juridique, les professionnels du secteur comme les acteurs de santĂ© rĂ©clament lâinstauration de rĂšgles claires.
Des signes de changement se profilent toutefois. Les autoritĂ©s ont pris conscience de la nĂ©cessitĂ© dâencadrer ce marchĂ© en plein boom. Dâabord, via la fiscalitĂ© comme on lâa vu (intĂ©gration des e-cigarettes dans la loi de finances, assimilĂ©es en partie aux produits du tabac). Ensuite, un travail est en cours du cĂŽtĂ© de la normalisation : lâInstitut Marocain de Normalisation (IMANOR), organe public chargĂ© dâĂ©tablir des normes industrielles, planche sur un rĂ©fĂ©rentiel applicable aux cigarettes Ă©lectroniques et aux produits nicotinĂ©s alternatifs. Lâobjectif est dâĂ©dicter des normes nationales de qualitĂ© et de sĂ©curitĂ© pour les e-cigarettes et e-liquides. Cela couvrirait par exemple la puretĂ© de la nicotine, la composition des liquides, la sĂ©curitĂ© Ă©lectrique des appareils, ou encore lâĂ©tiquetage (mention du taux de nicotine, des ingrĂ©dients, pictogrammes de mise en garde). Selon des sources mĂ©diatiques, lâIMANOR devait proposer une premiĂšre norme dâici fin 2024. Si ces normes voient le jour, elles serviront de base technique Ă un Ă©ventuel futur dĂ©cret ou loi, et permettront aussi de filtrer les importations en interdisant lâentrĂ©e de produits non conformes aux standards de qualitĂ©.
ParallĂšlement, des voix sâĂ©lĂšvent pour une rĂ©glementation plus large de la vente. Les professionnels du commerce, confrontĂ©s Ă lâexplosion des cigarettes Ă©lectroniques jetables vendues partout et nâimporte comment, appellent Ă un encadrement strict. « Il est temps de rĂ©glementer la vente des cigarettes Ă©lectroniques jetables au Maroc », a plaidĂ© rĂ©cemment Mohamed Chahid, reprĂ©sentant du Syndicat national des commerçants et professionnels. ConcrĂštement, cela pourrait passer par la fixation dâun Ăąge minimum lĂ©gal pour acheter une e-cigarette (18 ans, alignĂ© sur le tabac), lâobligation pour les vendeurs dâĂȘtre agréés ou de dĂ©clarer cette activitĂ©, et lâinterdiction de la vente en libre-service dans les Ă©piceries non spĂ©cialisĂ©es. Actuellement, en lâabsence de texte, nâimporte quel point de vente peut thĂ©oriquement proposer des e-cigarettes, ce qui complique le contrĂŽle de lâaccĂšs aux mineurs. Une loi dĂ©diĂ©e permettrait de clarifier les responsabilitĂ©s de chacun et de sanctionner les abus (vente aux mineurs, contrefaçons, non-respect des normes).
La protection du consommateur est Ă©galement au centre des prĂ©occupations. Des associations comme la FĂ©dĂ©ration marocaine des droits du consommateur suivent le dossier de prĂšs et demandent une information transparente sur les produits. La composition des e-liquides notamment devrait ĂȘtre connue et affichĂ©e, or ce nâest pas toujours le cas sur les produits actuels dont « la composition reste le plus souvent un mystĂšre » selon TelQuel. Des cas dâintoxication accidentelle, bien que rares, ont Ă©tĂ© signalĂ©s Ă cause de liquides artisanaux mal dosĂ©s. Câest pourquoi la mise en place de normes et de contrĂŽles qualitĂ© serait un progrĂšs pour sĂ©curiser la vape sans pour autant la dĂ©courager.
Enfin, la question de lâusage de la cigarette Ă©lectronique dans les lieux publics et professionnels devra ĂȘtre tranchĂ©e. Pour lâinstant, aucune interdiction explicite ne lâempĂȘche, ce qui crĂ©e des flous (peut-on vapoter dans un restaurant, un bureau, un transport en commun ?). Il est probable que la future rĂ©glementation assimile le vapotage aux dispositions anti-tabac dans la plupart des espaces collectifs, par prĂ©caution vis-Ă -vis du vapotage passif. De mĂȘme, la publicitĂ© pour les produits de vape nâest pas encadrĂ©e : lĂ aussi, le lĂ©gislateur pourrait sâinspirer du rĂ©gime strict applicable au tabac pour Ă©viter une promotion excessive auprĂšs des jeunes.
En perspective, la direction prise par les autoritĂ©s marocaines est clairement dâintĂ©grer la vape dans un cadre rĂ©glementaire Ă©quilibrĂ©. Taxer pour limiter les excĂšs et financer la santĂ©, normaliser pour garantir la qualitĂ© des produits, contrĂŽler la vente pour protĂ©ger les mineurs â telles sont les lignes directrices qui se dessinent. Le Maroc, Ă lâinstar de nombreux pays, avance prudemment pour ne pas freiner un outil potentiel de rĂ©duction du tabagisme tout en prĂ©venant de nouveaux problĂšmes de santĂ© publique. LâannĂ©e 2025 sera probablement charniĂšre : entre lâentrĂ©e en vigueur des premiĂšres normes, lâĂ©valuation de lâimpact de la taxe sur les puffs et possiblement le dĂ©pĂŽt dâun projet de loi dĂ©diĂ© au vapotage, la vape au Maroc arrive Ă un tournant rĂ©glementaire.
En conclusion, lâĂ©tat actuel de la vape au Maroc est celui dâun secteur florissant mais encore jeune, portĂ© par un enthousiasme des consommateurs et des commerçants, et dĂ©sormais scrutĂ© de prĂšs par les pouvoirs publics. Le marchĂ© croĂźt rapidement avec de nombreux acteurs et innovations, le profil des vapoteurs sâĂ©largit Ă diffĂ©rentes catĂ©gories de la population, et les avantages perçus de la vape en font une alternative crĂ©dible au tabac pour beaucoup. Dans le mĂȘme temps, les autoritĂ©s marocaines commencent Ă encadrer cette pratique pour en maximiser les bĂ©nĂ©fices (sevrage tabagique, opportunitĂ©s Ă©conomiques locales) tout en minimisant les risques (notamment pour la jeunesse et la santĂ© publique). La vape en 2025 au Maroc se trouve Ă la croisĂ©e des chemins, avec des ajustements rĂ©glementaires en cours qui façonneront son avenir. Les prochains dĂ©veloppements lĂ©gislatifs et normatifs seront dĂ©cisifs pour assurer un Ă©quilibre entre la libertĂ© dâinnover de ce nouveau marchĂ© et la protection du consommateur marocain. Les acteurs du secteur comme les usagers attendent donc avec intĂ©rĂȘt (et un peu dâapprĂ©hension) les rĂšgles du jeu qui dĂ©finiront la vape de demain au Maroc.