La cigarette électronique, ou vape, s’est implantée progressivement au Maroc au cours de la dernière décennie, portée par des fumeurs cherchant une alternative moins nocive et moins coûteuse. Aujourd’hui, ce marché en pleine expansion soulève à la fois des espoirs (réduction du tabagisme) et des inquiétudes (santé publique, encadrement légal). Cet article fait le point, de manière neutre et factuelle, sur l’état actuel de la vape au Maroc en 2025, en abordant le marché, le profil des usagers, les avantages perçus, l’impact de la nouvelle taxe sur les produits jetables, les innovations récentes et l’évolution de la réglementation.
Aperçu du marché marocain de la cigarette électronique
Le marché marocain de la cigarette électronique a connu une croissance soutenue depuis le milieu des années 2010. Dès 2014, les importateurs et distributeurs ont commencé à s’organiser : l’association AMIVAPE réunissait alors une dizaine d’acteurs, représentant 185 points de vente dont 52 boutiques spécialisées et environ 250 emplois . Depuis, le nombre de boutiques a fortement augmenté dans les grandes villes (Casablanca, Rabat, Marrakech, etc.), reflet d’une demande grandissante.
Aujourd’hui, le marché reste fragmenté et dominé par l’importation. On compte une quarantaine d’importateurs différents, dont 4 grands opérateurs approvisionnant essentiellement depuis la Chine et l’Asie du Sud-Est. Il n’existe pas encore de production industrielle nationale significative de dispositifs de vape, la plupart des équipements (cigarettes électroniques, pods, e-liquides étrangers) étant importés. Les géants mondiaux du secteur demeurent en retrait et “attendent des normes” avant de s’implanter directement, le cadre réglementaire local n’étant pas encore clairement défini. Aucune estimation officielle précise de la valeur du marché n’est publiée, mais les professionnels s’accordent à dire qu’il pèse plusieurs dizaines de millions de dirhams et est en pleine expansion. Le Maroc suit ainsi la tendance mondiale d’essor de la vape, tout en conservant une structure de marché très éclatée entre de nombreux revendeurs indépendants.
Profil des vapoteurs marocains
Le succès de la vape au Maroc touche un public varié. Contrairement à l’image d’un gadget réservé à une élite, on retrouve des vapoteurs adultes de tous âges et de tous milieux sociaux. Ces dernières années, les cigarettes électroniques jetables en particulier ont inondé le marché et conquis un public large, des jeunes aux adultes plus âgés. On estime qu’une part importante des vapoteurs sont d’anciens fumeurs cherchant à arrêter la cigarette classique ou à en réduire leur consommation. Leur motivation première est souvent le sevrage tabagique ou au moins la diminution des risques liés au tabac. Beaucoup de fumeurs basculent vers la vape dans l’espoir d’améliorer leur santé ou leur condition physique (moins de toux, meilleure endurance), tout en conservant le geste et la nicotine.
Dans le même temps, un nouveau public plus jeune est apparu, attiré par l’aspect tendance et ludique de la vape. La disponibilité de e-cigarettes jetables aux arômes sucrés ou fruités a séduit des débutants, parfois même des mineurs, malgré l’absence d’autorisation légale de vente pour ces derniers. Les types de produits utilisés varient selon le profil : les vapoteurs expérimentés privilégient souvent des dispositifs réutilisables (mods, pods rechargeables, stylos à réservoir) qu’ils personnalisent, alors que les nouveaux utilisateurs et les plus jeunes optent pour des pods pré-remplis ou des puffs jetables prêts à l’emploi. La popularité des produits jetables s’explique par leur simplicité (pas de recharge de liquide ni de batterie à gérer) et leur faible coût unitaire, ce qui en a fait un phénomène de mode récent au Maroc, avec une part croissante des achats réalisés en ligne dans des boutiques spécialisées en vape. Ainsi, le paysage des vapoteurs marocains va de l’ex-fumeur quadragénaire cherchant une alternative pour sa santé, au jeune adulte curieux attiré par les nouvelles saveurs, en passant par toute une communauté active sur les réseaux sociaux pour échanger des astuces sur le vapotage.
Les avantages perçus de la vape par rapport au tabac
Les usagers de la cigarette électronique mettent en avant plusieurs avantages par rapport au tabac traditionnel :
Santé
L’argument principal est la réduction des substances toxiques inhalées. En l’absence de combustion de tabac, la vape n’expose pas aux goudrons, monoxyde de carbone et autres produits cancérigènes de la cigarette. De nombreux vapoteurs estiment ainsi diminuer les risques pour leurs poumons et leur cœur en passant au vaporisateur. En outre, la possibilité de doser la nicotine(voire d’utiliser des e-liquides sans nicotine) permet un sevrage progressif. Il convient de noter que les autorités sanitaires restent prudentes sur la vape, mais reconnaissent généralement qu’elle est a priori moins nocive que le tabac fumé. Cet aspect « moins nocif » perçu motive beaucoup de fumeurs marocains à adopter la cigarette électronique pour améliorer leur santé tout en conservant le plaisir et le rituel liés à la nicotine.
Coût
Le coût financier est un autre atout souvent cité. Un vapoteur doit certes investir dans un appareil au départ et acheter des e-liquides, mais sur la durée cela revient souvent moins cher que d’acheter des paquets de cigarettes chaque jour. Au Maroc, où le prix du tabac ne cesse d’augmenter, passer à la vape est vu comme un moyen de réaliser des économies substantielles. Comme l’a rapporté la presse, beaucoup de fumeurs espéraient “faire des économies en troquant leur paquet de cigarettes contre la cigarette électronique”. Par exemple, une bouteille d’e-liquide pouvant durer plusieurs jours coûte bien moins cher que l’équivalent en cigarettes quotidiennes. Malgré les impôts élevés, l’aspect financier reste un facteur déterminant pour de nombreux utilisateurs, en particulier les plus jeunes au budget limité.
Odeurs et confort
Contrairement à la fumée de cigarette qui imprègne fortement les vêtements, les cheveux et l’environnement, la vapeur dégagée par une e-cigarette a une odeur beaucoup plus discrète et généralement agréable (selon l’arôme utilisé). Pour les vapoteurs, c’est un avantage social important : fini l’odeur de tabac froid sur soi ou dans la voiture, et moins de gêne pour l’entourage. De plus, la vapeur se dissipe rapidement sans laisser de fumée passive persistante, ce qui permet à certains de vapoter à la maison sans incommoder leur famille. L’absence de combustion signifie également pas de cendre ni de mégots à jeter, un point positif en termes de propreté. En somme, la vape est perçue comme plus propre et plus conviviale au quotidien : elle permet de conserver un geste de détente (faire des nuages de vapeur) tout en évitant les désagréments olfactifs du tabac.
Il faut souligner que ces avantages sont “perçus” et mis en avant par les usagers et certains experts. Les autorités sanitaires, elles, rappellent que vapoter n’est pas anodin et que la dépendance à la nicotine demeure. Néanmoins, pour un fumeur invétéré, la cigarette électronique représente souvent un moindre mal comparé à la cigarette classique, d’où son adoption croissante.
Nouvelle fiscalité 2024-2025 : l’impact des taxes sur les puffs et e-liquides
En 2023, l’État marocain a décidé d’agir sur la fiscalité des cigarettes électroniques, en ciblant particulièrement les produits jetables. Le projet de loi de finances 2024 a introduit une forte hausse des droits de douane sur ces dispositifs à usage unique : le droit d’importation est passé de 2,5 % à 40 %. Concrètement, depuis janvier 2024, les importateurs de puffs doivent s’acquitter de droits bien plus élevés, ce qui se répercute sur le prix de vente, avant même l’instauration, en janvier 2025, de la TIC spécifique de 50 DH (5€) par jetable.
Fiscalité 2025 (barème en vigueur)
- Jetables complets : droit d’importation fixe de 50 DH (5€) par unité.
- E-liquides et cartouches préremplies contenant de la nicotine : TIC de 1 DH/ml (0,1€/ml).
- E-liquides sans nicotine (0 mg) : TIC réduite à 0,5 DH/ml (0,05€/ml).
Repère historique – première taxation spécifique (2020)
Lors du débat sur la loi de finances 2020, la Chambre des représentants a intégré les recharges de e-cigarette dans la TIC. Le texte publié au Bulletin officiel (14 décembre 2019) fixait :
• 3 DH/10 ml(0,3€/10ml) pour un liquide sans nicotine,
• 5 DH/10 ml(0,5€/10ml) si la teneur en nicotine est < 10 mg/100 ml,
• 10 DH/10 ml(1€/10ml) au-delà de ce seuil.
Effets positifs attendus
Du point de vue des pouvoirs publics, cette taxation renforcée poursuit plusieurs objectifs. D’une part, elle vise à accroître les recettes fiscales en captant une part d’un marché en plein essor qui échappait en grande partie à l’impôt jusqu’alors. D’autre part, en renchérissant le coût des e-cigarettes jetables, le gouvernement espère freiner la consommation impulsive notamment chez les plus jeunes (qui étaient attirés par ces produits bon marché). Enfin, le relèvement des droits de douane a été justifié par une volonté de protéger l’industrie locale : il s’agit d’inciter à produire localement plutôt que d’importer. Selon la note de présentation du budget, cette mesure doit « renforcer la protection de la production locale de ces produits et favoriser l’implantation au Maroc d’unités de production ». Autrement dit, en rendant l’importation coûteuse, on crée une opportunité pour des entrepreneurs nationaux de fabriquer sur place des dispositifs ou liquides, ce qui serait bénéfique à l’économie marocaine à terme.
Effets négatifs potentiels
Malgré ces intentions louables, la nouvelle taxe comporte aussi des effets indésirables. Du côté des consommateurs, le principal inconvénient est la hausse des prix. Un produit jetable autrefois abordable devient bien plus cher une fois l’importateur et le revendeur ayant répercuté les 40 % de droits de douane + la TIC. Cela peut dissuader des fumeurs de passer à la vape si celle-ci perd son avantage économique par rapport aux cigarettes classiques. Par exemple, en 2019 déjà, un projet de taxe sur les e-liquides envisageait 3 dirhams par millilitre, ce qui aurait fait tripler le prix des recharges de liquide – un choc tarifaire similaire pourrait se produire sur les puffs avec la taxe actuelle. Par ailleurs, certains craignent un report vers le marché informel : des vapoteurs pourraient se tourner vers des circuits non officiels (achat en ligne à l’étranger, contrebande) pour éviter de payer plus cher, ce qui irait à l’encontre du but recherché et ferait circuler des produits échappant à tout contrôle. Les petits commerçants spécialisés, déjà fragiles, redoutent également une baisse des ventes de produits jetables, qui étaient un moteur de croissance pour leur activité. Enfin, du point de vue de la santé publique, si la vape devient moins accessible financièrement, une partie des utilisateurs risque de retourner vers la cigarette de tabac (moins coûteuse à court terme), avec les conséquences néfastes que cela implique. L’équilibre est donc délicat : taxer pour réguler sans pour autant tuer l’alternative au tabac.
En résumé, la nouvelle taxe sur les produits jetables a le mérite de mettre un coup d’arrêt à l’invasion incontrôlée de ces dispositifs bon marché sur le marché marocain, en les soumettant à une fiscalité équivalente à celle du tabac. Cette mesure apporte des revenus supplémentaires à l’État et pourrait encourager l’émergence d’une filière locale. Mais elle comporte aussi un revers de la médaille en termes de pouvoir d’achat des vapoteurs et de risques de marché noir. Son impact réel devra être évalué sur la durée : si la consommation de puffs diminue au profit de solutions rechargeables ou d’aucune nicotine, alors l’objectif sanitaire sera atteint. Dans le cas contraire, il faudra sans doute ajuster le tir pour ne pas pénaliser excessivement une alternative au tabac que beaucoup considèrent comme utile dans la lutte contre le tabagisme.
Innovations récentes dans les produits de vape

Le marché de la cigarette électronique au Maroc connaît une forte croissance. Selon L’Économiste (repris par Hespress), les importations de matériel de vape ont presque doublé en 2023 (≈216 M DH contre 104 M DH en 2022). Or, ce secteur n’est toujours pas couvert par une réglementation spécifique au Maroc. Trois grands types de dispositifs se partagent aujourd’hui ce marché : les pods rechargeables, les puffs (cigarettes électroniques jetables), et les cartouches préremplies (« pods fermés »).
Pods rechargeables
Les pods rechargeables sont des kits compacts à batterie intégrée, qui fonctionnent avec des cartouches ou réservoirs rechargeables. Les vapoteurs peuvent remplir ces pods avec des e-liquides, souvent en sels de nicotine. Ce système attire surtout les fumeurs cherchant à personnaliser leur vape : ils offrent une autonomie modérée et une inhalation plutôt « MTL » (bouche-à-poumon). Les taux de nicotine utilisés dans ces e-liquides sont généralement élevés – typiquement de 20 à 50 mg/mL – afin de compenser leur tirage doux. Leur adoption reste forte auprès des utilisateurs réguliers, bien que les données précises sur leur part de marché au Maroc manquent.
Puffs jetables
Les puffs jetables (e-cigarettes tout-en-un à usage unique) dominent très largement le marché grand public. Elles se présentent comme des stylos compacts, pré-remplis d’e-liquide et pré-chargés d’une batterie non rechargeable. Leur simplicité (pas de remplissage ni de réglage) et leur coût unitaire faible expliquent leur succès, notamment chez les jeunes. Le gouvernement marocain a d’ailleurs annoncé (projet en 2024–2025) une taxe d’environ 50 dirhams par puff jetable, pour « freiner l’engouement des plus jeunes » pour ces produits. En pratique, les e-liquides contenus sont très concentrés en nicotine : la quasi-totalité des puffs proposées au Maroc affichent un taux d’environ 5 % (50 mg/mL). Par exemple, la DRAGBAR S2 (11 ml, ~6000 bouffées) contient 5 % de nicotine, tout comme d’autres modèles populaires, et la HQD Ultima Pro 10000 indique une teneur de 50 mg. Cette concentration élevée permet aux utilisateurs de ressentir des sensations proches de la cigarette traditionnelle malgré la petite taille du dispositif.
Cartouches préremplies (pods fermés)
Les cartouches préremplies, ou pods fermés, sont des capsules de e-liquide prêtes à l’emploi qui s’emboîtent dans un appareil dédié. Ce format vise le compromis entre puffs et kits rechargeables : l’utilisateur n’a pas à remplir lui-même le liquide, mais remplace la cartouche vide par une neuve. Quelques marques internationales importent ce type de produit au Maroc. Cependant, selon les revendeurs locaux, cette catégorie reste minoritaire par rapport aux puffs jetables, faute d’équipement ou de notoriété suffisante.
Tendances d’usage et nicotine
Au final, les puffs jetables dominent le marché marocain en 2024, portés par leur simplicité et une large gamme de saveurs. Les pods rechargeables conservent une clientèle fidèle de vapoteurs réguliers, tandis que les pods fermés sont marginalisés. Le taux de nicotine est très élevé dans ces produits : comme le montrent les fiches techniques de plusieurs marques vendues au Maroc, la plupart des dispositifs sont commercialisés avec 5 % de nicotine (soit 50 mg/mL). Ce niveau élevé est cohérent avec l’absence de limite réglementaire locale et avec la recherche d’une sensation forte proche du tabac.
Évolution de la réglementation et perspectives
Sur le plan réglementaire, la cigarette électronique au Maroc se trouve encore en zone grise. À ce jour, aucune loi spécifique ne régit de manière exhaustive la fabrication, la vente et l’usage des produits de vape. Contrairement aux cigarettes classiques qui sont bien encadrées par le Code de la santé publique (interdiction de vente aux mineurs, avertissements sanitaires, limitations publicitaires, etc.), la vape n’a pas encore son texte de loi dédié. « Pour le moment, aucune norme ne régit la cigarette électronique », rappelait L’Économiste fin 2024. Face à ce vide juridique, les professionnels du secteur comme les acteurs de santé réclament l’instauration de règles claires.
Des signes de changement se profilent toutefois. Les autorités ont pris conscience de la nécessité d’encadrer ce marché en plein boom. D’abord, via la fiscalité comme on l’a vu (intégration des e-cigarettes dans la loi de finances, assimilées en partie aux produits du tabac). Ensuite, un travail est en cours du côté de la normalisation : l’Institut Marocain de Normalisation (IMANOR), organe public chargé d’établir des normes industrielles, planche sur un référentiel applicable aux cigarettes électroniques et aux produits nicotinés alternatifs. L’objectif est d’édicter des normes nationales de qualité et de sécurité pour les e-cigarettes et e-liquides. Cela couvrirait par exemple la pureté de la nicotine, la composition des liquides, la sécurité électrique des appareils, ou encore l’étiquetage (mention du taux de nicotine, des ingrédients, pictogrammes de mise en garde). Selon des sources médiatiques, l’IMANOR devait proposer une première norme d’ici fin 2024. Si ces normes voient le jour, elles serviront de base technique à un éventuel futur décret ou loi, et permettront aussi de filtrer les importations en interdisant l’entrée de produits non conformes aux standards de qualité.
Parallèlement, des voix s’élèvent pour une réglementation plus large de la vente. Les professionnels du commerce, confrontés à l’explosion des cigarettes électroniques jetables vendues partout et n’importe comment, appellent à un encadrement strict. « Il est temps de réglementer la vente des cigarettes électroniques jetables au Maroc », a plaidé récemment Mohamed Chahid, représentant du Syndicat national des commerçants et professionnels. Concrètement, cela pourrait passer par la fixation d’un âge minimum légal pour acheter une e-cigarette (18 ans, aligné sur le tabac), l’obligation pour les vendeurs d’être agréés ou de déclarer cette activité, et l’interdiction de la vente en libre-service dans les épiceries non spécialisées. Actuellement, en l’absence de texte, n’importe quel point de vente peut théoriquement proposer des e-cigarettes, ce qui complique le contrôle de l’accès aux mineurs. Une loi dédiée permettrait de clarifier les responsabilités de chacun et de sanctionner les abus (vente aux mineurs, contrefaçons, non-respect des normes).
La protection du consommateur est également au centre des préoccupations. Des associations comme la Fédération marocaine des droits du consommateur suivent le dossier de près et demandent une information transparente sur les produits. La composition des e-liquides notamment devrait être connue et affichée, or ce n’est pas toujours le cas sur les produits actuels dont « la composition reste le plus souvent un mystère » selon TelQuel. Des cas d’intoxication accidentelle, bien que rares, ont été signalés à cause de liquides artisanaux mal dosés. C’est pourquoi la mise en place de normes et de contrôles qualité serait un progrès pour sécuriser la vape sans pour autant la décourager.
Enfin, la question de l’usage de la cigarette électronique dans les lieux publics et professionnels devra être tranchée. Pour l’instant, aucune interdiction explicite ne l’empêche, ce qui crée des flous (peut-on vapoter dans un restaurant, un bureau, un transport en commun ?). Il est probable que la future réglementation assimile le vapotage aux dispositions anti-tabac dans la plupart des espaces collectifs, par précaution vis-à-vis du vapotage passif. De même, la publicité pour les produits de vape n’est pas encadrée : là aussi, le législateur pourrait s’inspirer du régime strict applicable au tabac pour éviter une promotion excessive auprès des jeunes.
En perspective, la direction prise par les autorités marocaines est clairement d’intégrer la vape dans un cadre réglementaire équilibré. Taxer pour limiter les excès et financer la santé, normaliser pour garantir la qualité des produits, contrôler la vente pour protéger les mineurs – telles sont les lignes directrices qui se dessinent. Le Maroc, à l’instar de nombreux pays, avance prudemment pour ne pas freiner un outil potentiel de réduction du tabagisme tout en prévenant de nouveaux problèmes de santé publique. L’année 2025 sera probablement charnière : entre l’entrée en vigueur des premières normes, l’évaluation de l’impact de la taxe sur les puffs et possiblement le dépôt d’un projet de loi dédié au vapotage, la vape au Maroc arrive à un tournant réglementaire.
En conclusion, l’état actuel de la vape au Maroc est celui d’un secteur florissant mais encore jeune, porté par un enthousiasme des consommateurs et des commerçants, et désormais scruté de près par les pouvoirs publics. Le marché croît rapidement avec de nombreux acteurs et innovations, le profil des vapoteurs s’élargit à différentes catégories de la population, et les avantages perçus de la vape en font une alternative crédible au tabac pour beaucoup. Dans le même temps, les autorités marocaines commencent à encadrer cette pratique pour en maximiser les bénéfices (sevrage tabagique, opportunités économiques locales) tout en minimisant les risques (notamment pour la jeunesse et la santé publique). La vape en 2025 au Maroc se trouve à la croisée des chemins, avec des ajustements réglementaires en cours qui façonneront son avenir. Les prochains développements législatifs et normatifs seront décisifs pour assurer un équilibre entre la liberté d’innover de ce nouveau marché et la protection du consommateur marocain. Les acteurs du secteur comme les usagers attendent donc avec intérêt (et un peu d’appréhension) les règles du jeu qui définiront la vape de demain au Maroc.